
Faut-il s'inquiéter ou se réjouir de cette annonce?
Je répondrais... les deux !
Ce billet s'appuie sur le site du SPIIL (Syndicat de la Presse Indépendante de l'Information en Ligne, regroupant des médias comme Backchich, Rue89, Mediapart, Arret sur image...).
Comme tout le monde le sait, les médias de l'Internet sont peu rentables et ont du mal, globalement, à trouver
un modèle économique viable. La proposition du gouvernement vise à apporter une aide à ces nouveaux médias par un fonds doté de 20,5 millions d'euro par an, directement depuis le cabinet du premier ministre et plus particulièrement le bureau de la Direction des Médias (DDM). Elle suscite plutôt l'approbation du syndicat de ces médias; nous n'aurions donc pas à nous inquiéter, braves lecteurs que nous sommes.
Sauf que, si on se fie au site du SPIIL, tout n'est pas clair dans l'attribution de ces aides. C'est là que le bas blesse.
http://www.spiil.org
"Un comité d'orientation du fonds va être créé. Le Spiil devrait y
siéger, parmi les sept représentants des éditeurs. Ce comité donnera
des avis sur les dossiers soumis et le ministre de la culture et de la
communication confirmera le choix des bénéficiaires." Je suis désolé, mais l'attribution de ces aides n'est vraiment pas claire, avec à mes yeux, un réel risque d'intrusion de la part de l'état dans le contenu éditorial de ces médias. Rien n'est précisé à ce sujet.
Le SPIIL dit qu'il veillera à la transparence, tant mieux, nous n'en attendrions pas moins. Mais comment, dans le même temps, ne pas imaginer un 'contrat' oral : moins de virulence envers le gouvernement sur ces sites, contre une aide de la DDM ? Baisser le bâton pour récupérer la carotte? N'y-a-t-il pas un réel danger de liberté d'expression en mass-média? Je pense, honnêtement, que cette crainte est bel et bien fondée. L'avenir nous le dira, mais l'avenir serait probablement trop tard pour réagir...
Après l'
affaire Dailymotion il y a une semaine (mon billet précédent), je trouve qu'une deuxième affaire telle que celle là, à mettre toujours en parallèle de la volonté du gouvernement de cadenasser (pardon, sécuriser) Internet, cela fait beaucoup pour croire aux coïncidences ou à la générosité de la part d'un gouvernement que la plupart des lignes éditoriales et des lecteurs de ces sites abhorrent...
Nous pourrions toujours débattre s'il vaut mieux qu'un média indispensable à la pluralité mais non rentable soit financé par l'état, par des investisseurs privés, ou plus utopiquement qu'il vive de la seule dotation citoyenne...
Préférant toujours prévenir que guérir, les propositions du MoDem, en ce sens, ont toujours été claires. Bien conscient des emplois en jeu et de la réalité de la nouvelle économie numérique dans laquelle la France doit trouver toute sa place ; l'état ne doit pas investir dans l'économie des médias (hors ceux qui relèvent du service public), quels qu'ils soient, y compris ceux en difficulté financière. C'est la garantie pour une information libre et réellement non orientée, dans le bénéfice de tous les citoyens.
Source principale :
http://www.spiil.orgP.S. : à l'heure où j'écris ces lignes (vers 21h30, le 12 novembre), je m'étonne qu'aucun média, en particulier ceux appartenant au SPIIL n'a repris sur leurs premières pages cette information qui jouera un rôle majeur sur leur financement et leur pérennité... Cette annonce date pourtant d'il y a déjà 2 jours.